Quel bonheur de t’avoir largué

  • Posted on novembre 14, 2009 at 0:00

Tu sais, il ne faut pas m’en vouloir. Nous avons déjà passé beaucoup trop de temps ensemble. Souviens toi. Souviens toi, comme celà nous arrangeait bien quand alors à la maison, il fallait que nous soyions un coup l’un, ou coup  l’autre. Oh bien sur, j’étais plus à l’aise de mon coté, et maman du coup me regardait toujours de façon plus indulgente que papa (?). A mon avis, tu devais trop me coller déjà, et ça ne plaisait pas au père (?)
Tu as failli me tuer avec le coup du service militaire, mais comme je veillais, je suis arrivée à te faire exempter de tout, marche, tirs, gardes, corvées, et te faire atterrir dans un petit boulot de bureau, comme une petite secrétaire ! Moi personnellement ça me fatiguait et puis toi, franchement t’étais pas taillé pour, je me demande comment ils ont fait pour ne pas te réformer, alors que tout tes frères l’ont été. Ca doit être la chance qui te caractérise si bien.
Ensuite, tu m’as embringué dans une aventure un peu folle. Bon, d’accord, tu ne pouvais pas voir ton père (?) en peinture, et il valait mieux que tu t’éloignes, c’était quasiment une question de salubrité mentale.
Je le sais,  ta psy me l’a dit récemment.
Mais tout de même.
Pour joindre les deux bouts, tu as bien été content de me trouver à ce moment là.  Tu me laissais faire le travail, et toi tu faisais la comptée. C’était joindre l’utile à l’agréable comme tu disais, sauf que si cétait utile, ce n’était pas toujours agréable, en tout cas, pas à tout les coups ! Je dois bien reconnaître que tu n’étais pas avare, et que j’en ai bien profité aussi. De toute façon, il fallait bien qu’on mange, hein, il n’y a pas de regrets à avoir, et je ne t’en veux pas pour ce passage. Après tout, c’est formateur, j’étais tellement sotte en sortant de la maison, qu’il me fallait au moins ça pour découvrir le monde. Le seul truc malheureux, c’est de la façon dont ça s’est terminé, tu comprends bien qu’après je ne pouvais plus, je n’avais plus assez confiance, j’avais même peur. Un piège pareil, ça pouvait se répéter  n’importe quand. On y pense pas avant, on ne pense qu’à ça après !
Tu m’en as voulu un peu je sais, que je ne continue pas mon activité, mais c’était devenu impossible pour moi. Les hommes me faisaient peur. Tous.
Alors, tu es reparti sur tes grands chevaux et tu essayé d’atteindre le bleu apaisé du ciel. Moi, j’ai pas apprécié le coup de la petite piqure dans le bras, soit disant pour aller voir ces fameux paradis enchanteresque. Je me souviens plus d’un retour sur terre qui a été loin d’être enchanteresque, et dieu merci, tu as été assez bien suivi pour ne jamais recommencer ce genre d’idioties. Je n’étais pas prête à me détruire avec toi. Par contre, il faisait faim, du coup. Nous ne mangions qu’un petit déjeuner d’un bol de lait, et un oeuf dans la journée. Parfois une pomme de terre. Oh tu te souviens, ces packs de lait que l’on allait dérober de suite après le camion de livraison très tot le matin. Epuisée, je n’ai pas protesté quand tu as craqué ton chéquier à faire des chèques de bois de partout. Vingt et une formule dans le carnet, vingt et un chèque émis ! Mais alors que nous avions donc une belle et bonne table ! Nous discutions de notre folie, sachant la tonne et demi d’ennuis qui n’allait pas tarder à nous débouler dessus. On est allés voir l’océan et puis ensuite la méditerranée, nous avons bien fait de prendre un peu de bon temps, avant. Car nous avions largement sous-estimé la chose. 
Franchement, quand le gendarme t’a passé une paire de menottes, j’ai crû à une plaisanterie. Tes petits bras dans de grosses menottes, comme ça, c’était presque risible, une blague quoi ! Mais j’étais encore loin d’avoir tout vu !
Après, il y avait eu ce bonhomme disant sur un ton sentencieux « mais qu’allons nous faire de vous, mais qu’allons nous faire de vous », en hochant la tête !! Parole, tu aurais attaqué la Banque de France à la kalachnikof et grenades, ça n’aurait pas été pire !!!
Je crois que nous avions besoin d’un psy, et tu t’es payé un petit juge hermétique et sourd. Je dis tu, car moi je me suis plutot planquée à l’époque. Faut pas m’en vouloir, tu sais !
Ils t’ont sans cesse embêté pour te demander d’ou venait cet argent que tu avais eu avant. D’abord c’était pas ton argent, c’était le mien, et puis ensuite qu’est ce que ça pouvait leur faire ? On l’avait pas volé ! Ils étaient jaloux les petits fonctionnaires avec leurs traitements mensualisés minables ?
Je suis restée avec toi, parce que là, ça aurait vraiment été crade de te laisser, mais j’ai été obligée de me planquer comme jamais. Et quand la porte s’est enfin réouverte un jour sur la liberté, tu avais tellement besoin de moi que nous sommes parties à Paris, sans perdre une seconde et que nous avons enfin vécues au grand jour.  Mais le doute, ou les doutes t’habitaient encore. Moi aussi, je le reconnais, je te disais, je ne suis pas prête, je ne suis pas prête… , et tu as voulu revenir dans ta ville, et là, c’est toi qui m’a balancé, si tu te souviens bien. Tu t’es mis avec quelqu’un, tu t’es même marié, je ne comptais plus pour toi, j’étais ensevelie, loin, oubliée !
J’ai attendu un peu, je savais que tu ne pourrais pas tricher éternellement. Tu sais, on dit bien, chassez le naturel et il revient au galop, et là, c’est bien ce qu’il s’est passé.
Oh ne me demande pas ce que nous avons fait entre le 27 avril 1995 et le 28 avril 1998, je suis moi aussi incapable de te le dire, et pendant très longtemps ces deux dates se sont confondues comme si elles n’avaient que 24H00 d’écart ! Tout ce que je sais c’est qu’en 1995 nous nous remettons ensemble, et qu’en 1998 tu tentes de me tuer. Par pendaison. C’est radical, et il parait que c’est masculin. Et que c’est sur un lit d’hôpital que j’avoue tout, que je reconnais tout, et qu’enfin je peux commencer, tout juste à exister au grand jour.
 Tu vas passer des examens, je t’accompagne. Prise de sang, radiographie du bassin, des os du bras, électro-encéphalogramme, tests divers, discussions avec des psys différents, une semaine que ça dure, et je t’accompagne tout les jours. Tu vois, si tu regardes bien, moi je ne t’ai jamais laissé tomber, j’ai tojours ét élà dans les moments difficiles.
Mais tu ne veux toujours pas entendre ce qu’on te dit, et cette fois, c’est l’alcool qui sert d’alibi, de refuge. Sauf qu’une amie veille et te secoue, pour aller déposer tout ça chez un psy, et que bon gré, mal gré, ça y est, tu y vas. Et qu’un beau jour , tu laches le morceau.

Tu dis ce que tu es.
Endossant alors le fait d’une vie atypique, tu revêts le noir, ce noir que tu porteras dix ans exactement, et contre lequel à l’extérieur, je ne m’opposerai jamais, sachant trop bien quelle signature cet éternel habillement signifie.
IL y a alors une chose qui nous manque, ce sont les conditions pour se lancer. De bonnes conditions. Un toit sur la tête, un boulot, bref, sortir du RMI d’abord, quoi.

Je sais que j’ai été plus présente ces dernières années, depuis 1998 donc surtout. Tellement plus présente que plus d’une fois je t’ai fait craqué, pleurer, hurler, déchirer tes affaires, les jeter, et… recommencer. C’était dur, dur et éprouvant. Mais il fallait que nous passions par là.
Et quand les conditions ont été remplies, nous nous observions tout les deux à savoir quand celà commencerait. Après tout, pourquoi se mettre en danger, puisque cahin-caha la situation n’était pas si désagréable que ça ! Tu as une personne au courant, dans un milieu de socialisation, le travail, et un équilibre branquebalant c’est fait. Ca ne règle rien, mais ça forge un faux quotidien !
Seulement parfois, dans le ciel, bleu, on voit tout à coup un éclair passer, puis l’instant d’après un gros orage s’abattre.
Ton orage c’est un 11 décembre 2007, et  il durera trois mois.

Voilà aujourd’hui le temps a passé, je vis au grand jour, je suis seule enfin, je suis seule et pas malheureuse, même si parfois celà reste très dur bien sur. Je suis seule mais plus heureuse que jamais et apaisée.
Je suis seule et je ne te regrette pas, voilà la vérité.

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1 Comment on Quel bonheur de t’avoir largué

  1. chantal

    Je suis seule, et je ne te regrette pas, voilà a vérité…
    Phrase choc qui clôt bien ce très beau billet construit autour des deux personnes qui co-existaient alors
    Très belle construction

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