My Way….

Le 10/05/2006, je publiais sur ce blog, l’article clé révélant ce lourd secret que je porte comme une croix, Ce Que Je Suis. Il faisait suite à quelques autres, passés plus ou moins inaperçus, restés dans l’incompréhension, et dont celui-ci allait donner la clé.
Il est dimanche, midi, pour une fois, ce n’est pas la nuit où j’écris. J’écris moins dans la nuit. Je dors. Signe d’un apaisement ou de l’âge qui avance, probablement les deux, je ne sais pas. Il est dimanche, midi, et j’ai envie de retracer ce que fût mon parcours, permettre de faire le lien entre tous ces articles épars qui retrouveront un ordre et un sens, pour mes visiteurs, d’être moi aussi un témoignage parmi d’autres, de ce que j’ai enduré, de ce que vous m’avez fait endurer, vous, les cisgenres heureux, et binaires.
Hommes ou femmes, une paire de couilles, je suis un homme, un vagin je suis une femme, simplicité rassurante de ceux qui ne connaissent pas le bonheur de leur conformité, et qui candidement pensent que le sexe apparent suffit pour fonder, bâtir, et assurer l’identité sexuelle. Voir Sexe, Genre, Orientation Sexuelle, et Alors, il n’y a donc que deux genres ?
J’ai bientôt 50 ans, pour être précis 49, et si je souffre moins, je reste toujours autant déchirée.
Est-il utile de revenir sur le tableau de la première enfance, ce tableau qui correspond parfaitement à ce qu’a décrit J.R. STOLLER, dans « Masculin ou Féminin » :
- mère sur-présente
- père renonçant à sa place, et son rôle
- projection d’un désir de « fille » sur un enfant né mâle, quatrième de la lignée
- éducation sur-protectrice,
Et il faut rajouter encore le cancer maternel qui allait l’emporter à mes seize ans, créant une « fusion mère-enfant », notamment les deux dernières années, proche de ce que je qualifierais d’inceste psychologique.
Ma mère devenant une sainte, mon père le pire des salauds.
Entre seize et vingt ans, je n’aurai qu’une seule relation féminine, et encore faudra-t’il plusieurs « tentatives » pour tenter d’accomplir mon devoir de mâle ! Mais rien n’y fera !
Le service militaire, qui durait alors un an, fût un révélateur de ma faiblesse physique, que je connais bien évidemment, mais qui a été particulièrement confrontée aux autres à ce moment-là. Je faillis être réformé pour classification P.4 (trouble psychologique), et mon affectation dans un emploi de bureau me permettra de finir les neuf mois restants de façon plus apaisée.
De retour, il est évident que je ne pouvais rester à la maison paternelle, compte tenu de tout ce que je trimballais sur lui. Il fallait partir et je choisis Chambéry parce que mon frère y habite déjà.
C’était en janvier 1980, en septembre de la même année, je m’inscrivais au C.U.E.F.A de Grenoble, afin de reprendre des études, passer l’équivalent du bac, puisque j’avais accompli les injonctions maternelles de passer un diplôme professionnel afin de « me caser » avant qu’elle ne parte, ainsi rassurée par mon devenir. Voir Ma Mère, Avait cru bien faire
Evidemment, je quitte donc Chambéry m’installer sur Grenoble, ou j’enchainerai de petits boulots, des emplois de nuits pour financer mes études, et je trouverai très rapidement plus lucratif.
C’est aussi là que j’accomplirai mes premières expériences sexuelles. Toutes les expériences. D’abord en ayant une relation féminine, mais avec toujours la même immense difficulté à « tenir mon rôle ». Je me souviens parfaitement de la consultation de mon médecin généraliste pour lequel j’avais fait spécialement le trajet me lancer un « commencer par manger un bifteck par jour, ensuite vous pourrez passer à autre chose »….!! Il est vrai que je devais peser dans les 52 kg !! pour…1m80 !!
Je fréquente un café sur Grenoble, toujours le même, j’aime mon petit noir le matin, en parcourant le Monde, Libé, et en fumant ma clope. C’est un lieu ou je me suis toujours senti bien. Au repos. J’y fais la connaissance de quelques personnes, et de là je vais connaître des expériences…. tarifées ! Des hommes me prennent pour « mignon », et si au début l’aventure m’intéresse, elle deviendra très rapidement pénible et lourde. J’en apprendrai beaucoup sur la sincérité des relations, la vie passée à cacher, en allant chercher ailleurs ce qu’ils ne peuvent trouver ou accomplir à la maison avec leur compagne ! Revenons à nos moutons…
D’abord, j’ai le même problème avec eux, je ne peux, en fait je ne veux pas -, les pénétrer, et puis, il me voit comme « le bon coup avec lequel ils ne risquent rien« . Seuls deux échapperont à cette vision. J’en ai parfois un peu parlé dans mes textes précédents d’ailleurs.
Je n’en peux plus, je me dégoute, Voir : Les certitudes de 20 ans qui s’écroulent, je ne me comprends pas, je ne suis pas à l’aise avec les femmes, je ne le suis pas plus avec les hommes, mais je commence à ressentir que je suis bien avec les hommes quand ils mettent en avant mon féminin. Notamment les deux hommes qui me fréquentent, dont pour l’un je n’accepterai plus d’argent, ne voulant salir le bien-être que je ressens avec lui. Si j’ai validé correctement ma première année au CUEFA, la seconde est une catastrophe, j’ai trop d’évènements extérieurs qui m’empêchent d’être serein.
Un jour je craque, de cette faim qui me tenaille le ventre, et je ne veux plus retourner à la tentation de l’argent facile, mais souillant.
Alors, je fais des chèques, et j’achète, à manger, à manger, à manger, et à m’habiller, des bouquins aussi. Vingt cinq chèques au total !
Ceci me vaudra deux tonnes d’emm….,
Mon ange gardien, J.L., se porte garant, indemnise les commerçants lésés, bref, passe l’éponge sur l’ardoise accumulée. C’est tout juste si je n’ai pas eu le droit à du « Monsieur… » proféré sur un ton devenu tout à coup quasiment déférent.
Bref encore !
Pour me reconstruire, et fuir cette ville où je ne fais que sombrer, je décide de vivre avec J.L à Paris. Il a un grand appartement, dans un quartier central, le Boulevard Haussman. J’y resterai six mois, et passerai, je le reconnais avec le recul, sans doute les six meilleures mois de ma vie, avec une relation.
Mais il m’oppresse à vouloir « ma transformation ». Je ne suis pas prêt. Si je tiens parfaitement ce rôle dans l’intimé, à la maison, dans le quotidien, j’ai toujours autant de problème vis à vis de l’extérieur. Je ne suis pas assez sûr de moi. J’ai peur. Peur du dehors. Peur des autres. Voir : A toi qui a crû
Aujourd’hui j’ai toujours autant peur d’être découverte, démasquée même à vrai dire, je crains le jugement qui fera de moi le « qu’en-dira-t’on » de ce mec qui n’en est pas un….
Je ne tiens plus, j’ai besoin d’air, et je quitte J.L pour revenir à Lyon.
S’en suivra une assez longue période grise, ou je me conforme à ce que l’on attend de moi. Je me marie, pour le meilleur et pour le pire, et le pire est pour mon ex, je travaille, prend des cours du soir, je fais comme tout le monde, je suis dans le moule, je fais semblant.
Le 27 avril 1997, le monde s’écroule !
Alors que nous envisagions notre séparation, et il ne pouvait de toute façon en être autrement, je rentre dans un appartement vide. C’est le principe de réalité ! On parle de choses, on ne les réalise que confronté à leur matérialité.
Ma peau, ce reflet de mon « moi », me le fera vivement savoir, et je subis durant deux ans une poussée de psoriasis, eczéma gigantesque. Un dermatologue particulièrement réputé sur Lyon, (le troisième consulté) verra de suite le contenu du problème car si les plaques sont situées dans les endroits privilégiés, elles sont aussi toutes à fait caractéristique de mon trouble. Je suis obligée de me raser totalement, jambes, cuisses, aisselles, bras, et tant que je me maintiens ainsi, les plaques régressent. Il faudra un an pour stabiliser les bras et le torse, plusieurs années pour les jambes, avec des poussées en été, et actuellement, selon mes humeurs, les aisselles restent tout de même souvent atteintes, et la région génitale l’est en permanence quasiment.
Je connaîtrai une descente aux enfers, avec une instabilité chronique à l’emploi, qui me conduira au dénuement le plus extrême et au RMI. Voir Fatiguée, et aussi Je suis lasse
Mais cette suite, je l’ai parfois écrite, elle est dans ce blog, dans des textes éparses, j’y parle de l’électricité que l’on vient me couper le 21 décembre, et du face-à-face avec moi-même que j’accomplirai enfin, et que je décris dans le texte que je cite en tout début.
Juste à la suite, une psychanalyse me permettra enfin de rétablir un équilibre entre mon père et ma mère, et enlèvera cette peau de saucisson qui me voile les yeux et l’esprit, me redéfinissant un nouvel équilibre, une meilleure acceptation de moi, et de mon trouble de genre. Voir Evacuer le tout, et elle y compris, Remettre les choses en place, et le texte coming-out : Ce que je suis
Mais il n’y a pas de remède pour s’insérer dans cette société binaire, je reste le paria, le mouton à cinq pattes, la bête de foire, comme je dis parfois, le « rival » pour les hommes qui craignent pour leurs compagnes, le mec pas mec pour les autres, voir Drôle de Genre, une « inutilité » pour les femmes, je le sais, j’ai entendu ou vécu toutes ces réflexions ou situations.
Je sais aujourd’hui que je resterai dans « cet entre deux genres« , qui me condamne à l’isolement, me fait craindre les mâles, me rapprochent des femmes pour ce qu’elle sont, et n’ont pour ce qu’elles ont. Voir Drôle de Genre,
Cete société binaire n’est pas simple, et inflige une violence inouïe à ceux qui différent, qui ne rentre pas dans l’une ou l’autre des deux cases. Voir Ce Que Serait Mon Suicide et Ce Soir, J’ai Envie
Puisse ce texte, et tous les autres de ce blog, faire prendre conscience de la souffrance endurée de ne pouvoir parler, expliquer, et vivre sereinement, pleinement… ce que je suis, ou ce que nous sommes plutôt, car je ne suis pas seul dans cette situation, même si nous ne sommes pas très nombreux.
Voir pour terminer : Syndrome de Benjamin : la dysphorie de genre

Sub Pages

Bookmark and Share

1 Comment on My Way….

  1. guillaume

    Tout d’abord félicitation!!
    c’est bien d’avoir trouver le courage de s’accepter,prendre enfin les bonnnes décisions et s’accepter telle que l’on ait: chapeau madame.
    C’est une belle histoire si tu te rens compte toute les épreuves les tourments que tu as depassée et c’est un beau témoignage de courage et d’humilité dont tu fait preuve!!
    Par contre j’aurais aimé savoir au niveau physique quel était tes douleurs ,tes ressenties que tu avais au niveau corporel.
    Tu parlais de tes faiblesses physiques ( avait tu lors de travail physique les nerfs ou les muscles tendus,entendais tu des vois,sentais tu que ton cerveau s’emballais te disais stop).
    Au niveau génital tu dis que tu étais pas au top … as tu eu déjà l’impression qu’on te penetrais sur le côté ( entre jambe) des testicules ,as tu eu des sensations bizarre tel que des orgasme féminin «  » en tant qu’hommme?
    Avais tu l’impression que tu ressentais une femme à l’intèrieur de toi et que tu étais refermé sur toi ,serré au niveau du périnée ou autres?

    Je te remercie de m’avoir lu jusqu’au bout et si tu peux me répondre à mes questions se serait bien. Tu peux m’écrire à l’adresse mail que je t’ai donné.
    Merci laure de la part de guillaume 25ans lyon

Leave a Reply