C’était vendredi soir. Pour faire plus simple, c’était le 1er mars, le samedi, quoi. Un tout premier comprimé, les toutes premières pressions d’oestrogène-gel….
Voilà, il n’y a plus qu’à attendre que l’inversion hormonologique fasse son oeuvre. Et selon les termes de la docteure, ça ira vite et fort, puisque prenant en compte ma spécificité, ressortant de mes nombreuses analyses depuis 1993, elle m’a prescrit la dose d’oestrogène d’un traitement ayant déjà au moins trois mois, sinon même six, générallement.
Cette fois, c’est fait, je « passe de l’autre coté »……Ce fameux « autre côté » que les cisgenres ne peuvent ni concevoir, ni imaginer, et qui sont tant incrédules au début, déstabilisés ensuite dans leurs immenses certitudes qui s’effritent, ces évidences assénées, ingérées auxquels ils ne réfléchissent et ne pensent même plus.
Nous sommes alors le poil à gratter qui fait bouger et réfléchir, pour reprendre les mots paru récemment dans un quotidien, et tenu par une « spécialiste » de notre cause.
Du moins, du moins, pour ceux et celles qui acceptent, et ces cisgenres là ne sont pas si nombreux, de nous cotoyer, de nous accompagner, un petit bout de notre éprouvant chemin.
Que d’hésitations, d’avancées et de reculades m’aura-t »il fallu pour arriver à ce jour là.
Mais aujourd’hui, ca y est. Je vais tout oublier ce qu’il y a eu avant.
J’adresse même mes plus amicales et vives salutations à ces mecs, rongés par une forme de jalousie, qui ont su si bien couler des relations naissantes d’avec leurs propriétés, leurs choses, acquiescantes d’ailleurs.
Je salue les autres mâles qui se sont contentés de se détourner, sans avoir oubliés le plus souvent de me gratifier de quelque nom d’oiseau, ou en tout cas me faire sentir que « eux, au moins, s’en étaient…. ».
Je n’oublie pas non plus ceux qui se sont contentés de demeurer dans un silence absolu, afin de maintenir l’éloignement dès fois que « la chose » soit transmissible…
Mais aujourd’hui ca y est, je vais oublier tout ce qu’il y a eu avant.
Ce peu qui était le plus souvent mon suffisant, ces positions d’attentes, de replis, mais aussi de quasi-dépendances pour le maigre entourage qui me constituait et me donnais une représentation, une consistance, une réalité. Ces pleurs engendrés par vos explications de circonstances, auxquels je feignais de croire, pour ne pas, une fois de plus, vous brusquer, moi qui était tant et tant dans le besoin. Ce mouchoir qu’il a fallu tant et tant de fois serrer dans ma poche, lorsqu’on m’accablait involontairement « d’inutilité », qu’on me cachait aux autres, comme une maladie honteuse,…..
Mais aujourd’hui ca y est, je vais oublier tout ce qu’il y a eu avant.
Et il va falloir re-naître, se reconstruire, réapparaître. J’ai deux années devant moi qui s’ouvre pour celà, et c’est désormais ma seule préoccupation, réussir ma transition, réussir ce passage qui fera de moi ce que j’aurai du être dès l’origine.
Vendredi 29 février 2008, j’ai appliqué mes premières doses d’oestrogènes-gel, et un bonheur immense, profond, inouï, m’a saisi, m’a apaisé.
Je n’ai depuis fumé que trois cigarettes, réalisant ainsi des paroles souvent répétées, comme quoi mon arrêt du tabac aurait lieu le jour de mon premier comprimé. Je n’y pensais même plus à vrai dire, j’ai réalisé après coup que j’étais là aussi en train de le faire.
Ndlr : l’arrêt du tabac a eu lieu dès le lendemain, samedi 1er mars. A la date de rajout de cette note (26/05/2008), le tabac est toujours arrêté. (et je n’ai absolument aucun effet de « manque »….)


