I will be free ornait alors mes trousses au lycée.
J’interrompais le cours de la prof de français tenant des propos de café de commerce par rapport à l’anarchisme, et me trouvais dans l’obligation d’en faire un exposé, qui me valait un 17, par sa justesse et sa précision, deux semaines plus tard… et un grand respect de la prof !
En fait, je m’étais fait les dents en troisième avec un exposé sur Germinal de Zola, replacant le roman dans la saga de la famille Rougon-Macquart, et des 20 volumes de l’auteur. L’analyse du roman était précise malgré le nombre de personnages mis en place par l’écrivain, mais je maitrisais tellement le bouquin, que c’est debout que le prof m’avait alors applaudit à la fin, entrainant toute la classe.
Pour revenir au lycée, on m’écrivait sur mes copies de maths des notes en négatif, avec des mentions rageuses « vous n’avez rien à faire ici ! »
On convoquait mon père (?) parce que j’étais considérée comme une meneuse, et le conseil de classe (hé oui, j’étais déléguée) surpris par ma véhémence à défendre un copain à qui des enseignants voulaient inscrire un blâme, sans lui en avoir touché évidemment le moindre mot auparavant, – les gens investit d’une autorité quelqu’elles soient sont toujours très courageux pour prendre des décisions dans votre dos -, se retournait contre moi, épargnant par contre, la cause que j’avais soutenu !
Tout un programme !
I will be free et je prenais à peu près une saoûlerie par semaine, le lundi, à un bar qui s’appelait « La Salette », à la sortie du lycée, pas bien loin.
Le lundi était le seul jour ou nous finissions à 16H00. J’y buvais du blanc cassis pendant une heure ou deux, et je rentrais chez moi dans un état qui ne me laissais plus que le choix de me coucher. Le lendemain, au lycée, j’avais mal aux cheveux, d’autant que c’était le seul jour ou nous débutions à 08h00 ! Le lundi suivant je recommencais.
A la sortie du lycée, personne ne m’attendais à la maison. Je n’avais pas besoin de me presser pour rentrer, il n’y avait plus maman, et le papa (?) il n’était de toute façon jamais à la maison. Seul Y… tentait de me raisonner parfois en me voyant arriver complétement défonce.
Cette année là j’ai eu mon examen de fin d’année par indulgence du jury. C’était l’année du décès de ma mère. J’étais une gosse… perdue.
I will be free alors au CUEFA de Grenoble, ou je tentais de passer un examen d’entrée en université, option droit, après avoir perdu une année en économie. Je faisais un exposé sur le terrorisme d’Etat, avec les morts suspectes de Baader-Meinhoff, de la Fraction Armée Rouge (dite bande à Baader), qui avait sévit en république fédérale d’allemagne. Ca m’a valut une détestation certaine des fachos (les facs de droit sont remplis de gens de droite plutot « extrêmes ». Jusque dans les juridictions ou l’on trouve trace d’éminent membre du défunt SAC (service d’action civique) comme l’indique Wikipédia, qui écrit d’ailleurs la coexistence sous une même étiquette d’une part de groupes gaullistes très droitiers et activistes, recrutant des personnes souvent honorables (un magistrat de l’Est de la France…/…). On nous dira que cette époque est révolue, allons, allons, ma brave dame…! Je ne me promène jamais sur le campus sans mon garde du corps, un brésilien très très bien foutu, qui « m’aimait bien comme j’étais » !!!
I will be free, à vendre mon corps, mes prestations calines, mon coté passif et imberbe, les deux plaisaient baucoup, à des mecs frustrés et insatisfaits d’une vie de couple, bien souvent, laissant trop peu de place à l’initiative et la liberté de soi.
I will be free, lorsque je vis la paire de menottes en mouvement de balancier devant les yeux, parce que dans le jeu du chat et de la souris, j’étais de toute façon la souris, et le chat me montrait qu’il avait gagné. Mais j’ai rien dit, c’était pas le moment de pleurer.
I will be free, tournant dans une cellule d’un mur à l’autre, de trop long mois, d’une cellule particulière agencée au degré du « will be free » que je désirai tant acquérir. Le pied de nez du destin qui n’en rate pas une, probablement !
Sans arme, ni haine, ni violence, ça s’appliquait à moi aussi. On a dit de moi que je cherchais alors un psy, que j’en avais plus besoin que d’un juge. J’ai eu le petit juge en bois, le parfait fonctionnaire zélé et exemplaire. Je n’ai pas eu le psy. Pas le rôle de la maison, qui s’en fout et qui a des statistiques à tenir, non mais… !
I will be free, j’ai crû l’atteindre à Paris, avec J-L, mais j’étais définitivement trop conne, (et surtout échaudée parce que je venais de vivre aussi, qui me poussait à me ranger et à jouer les cisgenres heureux dare-dare !)) et je n’ai pas eu le courage.
J’ai pu faire comme tout le monde – enfin – m’épanouir dans une société structurée par le travail.
La conscience professionnelle, ça, ça vous tient les individus, en petits rangs d’oignon ! Tout le système tourne sur cette connerie, cette tromperie, cette auto-culpabilisation, et ce développement d’ulcère tout à fait volontaire et ardemment involontairement recherché par les gens.
La conscience professionnelle ! Que de bêtises ne commet-on en ce motif puéril !
Et en la matière justement, j’ai sacrément donné ! J’en connais un rayon, je suis incalable sur la question !! J’ai même pulvérisé des sommets ! Le tout est de savoir sortir de ce délire, j’ai mis le temps – là aussi ! -, mais j’ai compris. Débutant par le tirage de cables dans des sous sols parfois immondes d’entreprises, j’ai terminé responsable technique d’agence.
Beau parcours n’est ce pas, pour une personne bac -2 à l’origine !
Ma coeliaquie pouvait tourner à plein, et je vidais les petits flacons de vitamines D prescrits par des médecins je m’en foutiste et bien peu curieux ! 1m80, 50 kg et le monde tournait !
Beau parcours qui aurait contenté n’importe quel péquin moyen, normalement constitué, mais pas moi. Mon salaire avait beau augmenté très régulièrement chaque année, ça n’allait pas. Changer d’indice, d’échelon, jusqu’à deux fois dans l’année pour l’indice, c’est dire si je propulsais à 100 à l’heure, ça n’allait pas quand même.
Je suis arrivée cadre, par un CDD, en tant que responsable technique d’agence. Le bâton de maréchal, moi je vous dis !!
I will be free, quand le CDD fut terminé, je me mettais à boire. Qu’allant voir les assistantes sociale, ces punaises des bonnes oeuvres pour me faire aider à régler une facture EdF, on m’obligeait à suivre un cours pour apprendre à géer son budget, .. quand on touche le RMI (RSA) !
De qui se moque t’on ? De qui se moque t’on ? La fois d’après, le 21 décembre, on me coupait l’électricité. Plutot ça que d’avoir à faire aux dames patronesses de l’action sociale ! I will be free, oblige n’est ce pas !
Tout le long de cette routé, il me manquait quand même quelque chose.
Il me manquait moi.
Et ce moi j’en avais tellement peu, je le reniais tellement, je le cachais tellement comme une tare honteuse, que seul une corde au cou pouvait m’en délivrer.
C’était en 1998.
I will be free.



Quelle vie ! Et si bien racontée.
Ton talent d’écrivaine devrait aussi de servir aujourd’hui.
Belle année à toi, Laure.